CHAIBOU LABRANE BATOURE, MAIRE DE MATANKARI

“La mission de la Volontaire a permis de créer une réelle dynamique et un mouvement d’ensemble autour de la gestion locale”

En présence des membres des organisations de la société civile et de l’équipe municipale, le maire de Matankari, Chaibou Labrane Batouré a répondu le 23 juin 2022 aux questions de la mission d’évaluation du programme Local Open GovLab (LOG). A travers cet entretien, il dit comment le LOG  a pu changer leur système de gestion et réduire certaines contraintes et autres blocages concernant la mise en œuvre effective de la gouvernance ouverte dans la localité.

Quels changements visibles avez-vous remarqué depuis le début de la mise en œuvre du programme?

Je vous remercie pour votre mission et pour l’opportunité que vous m’offrez. Je suis satisfait à cent pour cent du programme LOG et de son impact dans ma communauté.

Quels changements visibles avez-vous remarqué depuis le début de la mise en œuvre du programme?

Avant la mise en œuvre du programme, il y avait une réticence, un manque de confiance et d’implication de la population dans la gestion des affaires de la collectivité. Et depuis la mise en œuvre du programme, il y a une véritable collaboration et un cadre de concertation entre  la société civile, les activistes et la mairie pour une bonne réalisation de nos différentes activités. Ce projet a aussi permis de créer un collectif regroupant les différents membres de la société civile qui au départ évoluaient individuellement. 

Nous avons organisé avec la Volontaire AfricTivistes pour la gouvernance ouverte (VAGOA) plusieurs activités dont des ateliers de sensibilisation et des séances de travail avec les différents acteurs ainsi que des formations axées sur le rôle de la société civile. Les séances de sensibilisation ont eu lieu dans les 5 grands quartiers et sur différents thèmes:

  • La culture fiscale,
  • La culture de la citoyenneté,
  • La culture de l’hygiène publique avec des séances de nettoyage des centres de santé, de la mairie et de certains quartiers,
  • Une série de formations sur l’engagement citoyen.

La mission de la Volontaire a permis de créer une réelle dynamique et un mouvement d’ensemble autour de l’essentiel pour ce qui concerne la gestion locale. Les organisations de la société civile étaient un peu désunies et chacun évoluait dans son coin. Grâce à la VAGOA, nous avons pu nous organiser et mettre en place pour la première fois, un cadre de concertation local qui regroupe la société civile, les équipes techniques et la mairie. Nos connaissances n’étaient pas profondes sur la gouvernance locale ouverte. Mais c’est grâce à sa mission que nous avions eu cette impulsion. Et cela a participé à réduire l’incivisme fiscal et surtout à encourager la co-construction pour atteindre le développement local. Nous avons beaucoup abordé les questions de budgets participatifs et nous nous donnons un objectif pour travailler pleinement sur cette approche dans un an.

Quelle est votre appréciation du travail de la volontaire Ramatoulaye Diallo à distance et pendant son séjour? 

Elle a fait un travail remarquable pendant son séjour en rappelant aux uns et aux autres leur rôle dans la société. Elle continue toujours malgré la distance de nous suivre et d’échanger avec nous à travers un groupe WhatsApp. Actuellement, nous disposons d’un cadre de concertation réunissant l’administration locale et la société civile. Cela a été rendu possible grâce à son travail et son rôle actif dans le regroupement des différentes forces vives de la collectivité.

Il y a eu beaucoup d’aspects positifs mais la volontaire a remonté pas mal de difficultés l’ayant contraint en partie à réaliser ses actions et activités. Parmi ces problèmes, le non accès aux documents administratifs de base, la non-implication du personnel ou du maire dans les activités, entre autres. Quelles sont les raisons de ce déphasage selon vous ?

Nous regrettons que la Volontaire ait été obligée de rentrer au pays (chez elle) en raison d’informations liées à la sécurité et aux attaques terroristes. Même si cela n’a pas affecté directement Matankari; je regrette (et c’est le cas aussi de mes collègues et des citoyens de la commune) son départ précipité car pendant sa mission, elle s’était tellement immergée qu’elle est devenue une citoyenne à part de Matankari. Nous avons accueilli et reçu avec tellement d’honneur et de plaisir cette mission du programme LOG qu’on a voulu que tout se passe pour le mieux pour elle.

Parmi les contraintes évoquées par la volontaire lors de sa mission, il y a le manque de matériel informatique pour faciliter l’introduction du numérique au sein de la collectivité. Quels sont vos besoins réels par rapport à ce point

Avant son arrivée, la Mairie ne disposait pas de matériel informatique. C’est après son départ qu’une bonne volonté a bien voulu nous faire un don de trois ordinateurs. Il faut reconnaître qu’au-delà de cette donation, les services sont dépourvus de matériels informatiques. Et nous lançons un appel pour vraiment accompagner notre volonté d’intégrer le numérique dans l’administration locale pour mieux rendre service à nos communautés. Nous avons donc besoin de dématérialiser les services comme l’état civil, la collecte, le traitement des taxes et les informations relatives au budget,… Jusqu’au jour d’aujourd’hui, nous faisons beaucoup de travail manuellement et j’avoue que cela affecte lourdement l’efficacité des services. Pour information, notre service a pris feu juste avant ma prise de fonction et beaucoup de dossiers ont été perdus. Aujourd’hui, mon bureau sert de dépotoir.

Quels sont les aspects de la convention signée à Dakar que vous peinez à mettre en œuvre par rapport à votre politique de gouvernance locale ouverte? Et pourquoi?

Associer les populations dans la prise de décision et l’implication des acteurs dans l’élaboration des budgets participatifs. C’est deux points sur lesquels nous voulons exceller et faire mieux et plus. Surtout sur la question du budget participatif, nous sommes vraiment ouverts à toutes formes d’assistance et d’accompagnement. Nous voulons d’ici l’année prochaine expérimenter cette approche et déjà nous voulons commencer à organiser des séries de rencontre avec les autorités coutumières et religieuses afin de leur expliquer les tenants et les aboutissants de cette approche.

Avez-vous gardé le contact avec les autres maires depuis le séminaire de lancement

J’ai gardé le contact avec les maires dans notre groupe WhatsApp. J’ai surtout été beaucoup en contact avec le Maire de Kouroussa en Guinée mais nos échanges se sont faits rares depuis que la Guinée a connu un coup d’Etat. J’espère qu’il va bien et que tout se passe bien pour lui et pour les autres maires bénéficiaires du projet. Aujourd’hui, nous formons un grand réseau et nous allons continuer à maintenir le lien.

Seriez-vous prêt à accompagner AfricTivistes pour une mise à l’échelle du projet à un niveau national si le gouvernement est impliqué ?

Je suis disposé et disponible. Je vous ai entendu parlé d’une probable audience avec le président de la République du Niger; je voudrais vous demander de nous associer à cela de sorte à ce que notre expérience puisse être connue du grand public mais surtout des autorités locales. Donc oui, je suis disposé à accompagner AfricTivistes pour la mise à l’échelle. Déjà au niveau de notre région, notre Préfet à Doutchi ainsi que les autres maires de notre région manifestent un grand intérêt pour ce projet. Je mettrai notre expérience à la disposition de la communauté et de mon pays.